Voici deux spectacles qui se répondent puisqu’ils nous font partager la douleur des pogroms antisémites en Europe, au vingtième siècle. Ceci à des époques différentes, dans des pays différents, et pourtant assez proches pour être mis en rapport.
D’abord en 1903, à Kichinev, capitale de la Moldavie, partie intégrante de l’empire russe. Ensuite, trente ans plus tard, dans l’Allemagne nazie.
Si les démarches des auteurs sont très différentes, il s’agit de deux tentatives de comprendre quel est le rapport entre l’individu, la Grande Histoire et la mort, comment s’articule la relation entre ceux qui survivent et la mémoire des victimes.
Violence inouïe
En 1903, à Kichinev, des dizaines de juifs sont tués dans un pogrom, le plus violent jamais vu dans la région jusque-là. En 2009, Zohar Wexler, artiste israélien qui vit et travaille en France, commence une recherche sur ses grand-parents et arrière-grand-parents qui ont vécu à Kichinev. Ses arrière-grand-parents ont survécu au massacre de 1903, ses grand-parents ont échappé aux nazis. Avec une telle histoire familiale, il est parfaitement naturel que Wexler s’interroge sur le fait qu’il est aujourd’hui présent dans ce monde. Cette interrogation l’a amené en Moldavie, à Kichinev, et son spectacle commence par un livre de bord, un véritable reportage multimédia, puisqu’il est allé à Kichniev avec son caméscope. et qu’il nous présente aussi les images qu’il a filmées, jusqu’à retrouver la maison où habitaient ses grands-parents. Mais il nous amène aussi en Israël, où il traque l’histoire dans les archives. C’est passionnant, comme toute enquête, et limpide. Documents accablants
Wexler trouve, sur le pogrom de 1903, des documents historiques accablants. En effet,le gouvernement tsariste avait tout en mains pour protéger la communauté juive. L’armée et la police étaient sur place, en nombre suffisant. Mais le gouvernement souffrait d’impopularité et a préféré, par un calcul cynique, qu’il avait intérêt à ce que la frustration de la population chrétienne trouve une soupape en massacrant des civils sans défense. Pour attiser la haine, on a même inventé et propagé dans la presse une fausse information sur un enfant qui aurait été tué par des juifs.
La première partie de ce solo est donc rigoureusement documentaire, alors que la seconde partie est poétique. Et pourtant, il s’agit là aussi d’un document d’époque. Le poète Hayime Nahman Bialik a été envoyé à Kichinev, après le massacre, pour témoigner. Grâce à son poème, la mémoire du pogrom persiste. Mais par sa manière d’aborder le sujet, Bialik fait preuve d’une grande indépendance d’esprit. Au lieu de fustiger les bourreaux, il lance un appel à son peuple de ne plus se réfugier dans la passivité et la religion. Il sermonne les Juifs de se révolter contre leurs conditions de vie, pour prendre leur sort en main.
Sobriété
« Kichinev 1903 » est un solo d’acteur pus que sobre, et très intimiste. Dans la petite cave voûtée de la Maison de la Poésie, Zohar Wexler a tout juste un couloir, large d’un mètre, entre les rangées de spectateurs qui se font face. La dimension humaine y est d’autant plus présente que Wexler n’a recours à aucun artifice d’acteur qui, dans cette proximité, serait vraiment de trop.
Il s’agit manifestement d’un artiste intéressant, qui avait aussi participé au travail avec Charles Trodjman pour le spectacle « La Fabbrica » avec Giovanna Marini, sur le fascisme en Italie, qui était magnifique.
1938
La suite, historiquement parlant, se déroule dans une autre petite salle, l’Aktéon Théâtre, dans le 11e arrondissement. Il ’agit d’une nouvelle adaptation de « Inconnu à cette adresse », la fameuse nouvelle épistolaire de la romancière américaine Kressmann Taylor. La publication date de 1938. Il ne s’agit donc pas d’une recherche diachronique, mais d’une réflexion sur l’individu faite en temps réel, alors que le monde se trouve au coeur de la tempête du nazisme. Il s’agit donc, malgré le caractère fictionnel, là aussi d’une sorte de témoignage d’époque.
Comme tout échange épistolaire, cette nouvelle se prète très bien à l’adaptation théâtrale et les adaptations sont légion. Mais là n’est pas la raison première de son succès sur les planches. La vraie raison est son intelligence dans la dimension humaine.
L’amitié sacrifiée
Deux Allemands, deux amis, deux galeristes d’art, deux hommes riches. L’un, Martin, va se laisser emporter par les discours de Hitler, par la soif de se venger des années de dépression psychique et économique entre 1914 et 1930. Il se fait acheter par le système dont il devient un représentant.
Son ami Max est parti vivre aux Etats-Unis et fait toujours des affaires avec Martin. Mais Max est juif et un jour, Martin lui dira que, désolé, il ne pourra plus correspondre avec un Juif. Max a une soeur qui est comédienne et qui connaîtra le succès. Elle jouera à Berlin et son succès sur les planches, tant désiré par elle-même et son frère, se transforme en supplice. Elle sera conspuée et devra fuir Berlin. Elle essaye d’aller chez Martin, en Bavière. Martin est en fait son ancien amant. Mais Martin refusera de la sauver, il la jette en pâture aux SS.
Vengeance et souffrance Pour Max, qui adorait sa soeur, la douleur est insupportable. Il va trouver un stratagème de se venger qui sera d’une finesse extrême. En Allemagne, Martin est sous surveillance, et courrier passe par la censure Sachant que Martin deviendra suspect aux yeux du régime s’il reçoit du courrier d’un ami juif, Max se met à envoyer à Martin des lettres écrites sur un ton très amical, qui apparaissent en même temps comme des messages codés pour préparer des « expositions ». Les nazis doivent comprendre qu’une révolte juive se prépare à travers Martin. Soudain, Martin fait appel aux sentiments amicaux de Max, à leur ancienne camaraderie, et le supplie d’arrêter. Mais Max ira jusqu’au bout. On le voit, dans toute sa souffrance, dans un acte qui ne fera qu’augmenter sa douleur, mais il lui est impossible d’agir autrement. Tragédie
On est là dans une sorte de dimension tragique que Kressmann Taylor capte avec une acuité incroyable. La douleur contraste avec le décor qui représente à la fois la galerie de Max aux Etats-Unis et le château où vit Martin, près de Munich.
Comme la cave de la Maison de la Poésie, l’Aktéon est une petite salle très intimiste, où les deux comédiens donnent énormément d’humanité à leurs personnages, ce qui signifie qu’on voit comment l’un d’entre eux perd son humanité et c’est joué sans fard mais avec finesse.
Radio Libertaire, Thomas de Hambourg dans Tempête sur les planches du 14 février 2010
Inconnu à cette adresse Aktéon Théâtre 11, rue du Général-Blaise 75011 Paris http://www.akteon.fr Réservations : 01 43 38 74 62 Du 22 janvier au 27 mars 2010 à 21 h 30, les vendredi et samedi
Kichinev 1903 Maion de la Poésie de Paris Passage Molière - 157, rue Saint-Martin 75003 Paris - 01 44 54 53 00 M° Rambuteau - RER Les Halles du mercredi au samedi à 20h00 - dimanche 16h00 jusqu’au 21 mars 2010
http://www.maisondelapoesieparis.com
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Floréal longtemps animateur à Radio Libertaire et aussi chroniqueur dans le Monde Libertaire de la rubrique à la petite semaine est notre invité.
Il ranime le passé, la création de la radio, du non droit d’émettre à celui d’émettre quelques heures en partage avec d’autres radios jusqu’à l’obtention de l’autorisation d"émettre 24h sur 24h. Trente ans de radio sont évoquées. Ecouter l’émission sur le blog de chronique hebdo. http://chronique-hebdo.blogspot.com/
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Le 4 Février 2010 chronique hebdo sur radio libertaire.
Nous avons reçu dans le studio Laurent Danchin venu à l’occasion de l’exposition CHOMO présentée à la Halle Saint Pierre à Paris. Parler de l’Art contemporain, de l’Art moderne, de ce que ces termes recouvrent, de l’art actuel face à cet homme qui avait choisi de se retirer dans la forêt de Milly pour créer son propre domaine créatif, et d’y recevoir à sa guise les visiteurs. Chomo qui refusait de vendre ses oeuvres, qui voulait échapper au monde de l’argent.....A découvrir absolument !
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Textes militants lus et commentés pour affronter le monde d’aujourd’hui.
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Pour un rock libertaire...
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Une image de l’Afrique contemporaine, au quotidien, loin des clichés exotiques ou uniquement misérabilistes.
Par Michèle Bourgade.
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